Et bien voilà un livre d'actualité et franchement indémodable. J'ai essayé de le lire à mes enfants mais ils n'ont pas été réceptifs, trop grand peut être déjà, et le dernier trop petit peut être. Dommage.
Un petit roman épistolaire qui reprend les lettres qu'écrivaient Tolkien en se faisant passer pour le Père Noël. Il est possible d'y reconnaître rapidement l'univers Tolkien avec les elfes, les gnomes, les gobelins, les facéties de l'ours polaire et le docte Père Nöel a bien un côté Gandalf. Les lettres d'origine sont reproduites avec l'écriture tremblante du père Noël qui a froid et qui est fatigué, les tâches de l'ours qui n'est pas soigneux ni habiles, ainsi que les dessins les agrémentant. Les textes recouvrent la période de 1920 à 1943. Ils sont d'abord courts puis se complexifient à fur et à mesure des années. Pour quelques unes, il aurait été intéressant d'avoir les lettres qu'envoyaient les enfants mais ce manque ne gène pas la lecture.
Edition Pocket, 111 pages.
Madame, monsieur l'éditeur, les caractères sont tous petits, j'ai les yeux tout cassés et j'ai vraiment peiné sauf pour l'ours qui écrit en gras avec ses grosses pattes. je ne vous parle pas des pattes de mouche de l' elfe.
Voici donc ce soir ma dernière chronique pour Ys, enfin pas tout à fait, car je dois encore finir Belle du Seigneur et aussi ce roman incroyable, une belle découverte aussi, le Roi des Juifs de Nick Tosches et je ferai alors un petit mot pour l'occasion. Ceci écrit, le choix d'un titre dans la catégorie biographie a été laborieux pour la simple et bonne raison que je n'ai jamais lu ce style de bouquin. Ne jamais dire Fontaine ...
J'hésitais entre celui sur les Fitzgerald qui me tentait bien d'autant plus que j'avais déjà lu " Alabama Song " de Gilles Leroy ou alors, sélectionner dans un tout autre registre, la bio des Pierres Roulantes ?
Mais c'est en survolant la quatrième de couverture du " Roi des Juifs" que je n'ai pu résister, j'étais trop intrigué, comment une bio traitant d'un voleur pouvait-elle s'appeler le Roi des Juifs ? Bon j'ai bien une amorce d'explication d'après les textes bibliques ( le Christ a été condamnée et executé comme un voleur ) mais je ne saurais absolument dire si cela correspond à l'esprit du bouquin car je n'en suis qu'à la page 104 soit à peine à un quart du bout du bout. Non mais parce que je comptais l'avaler vite fait bien fait entre le 12 et le 21 mais le bouquin est trop à la fois dispersé - pour mon plus grand plaisir - entre les références théologiques, les passages déjantés, pour ensuite revenir au sujet à savoir Arnold Rothstein, un gangster des années 20. J'adore particulièrement ses mises en relation d'univers totalement différents, comme celle de Babylone et du NY des années folles et ses chutes dithyrambiques de fin de chapitres qui laissent pantoises.
Je perçois ( enfin façon d'écrire, ça fait mal comme une poutre dans l'oeil ) tout de même une forme d'ironie ou de cynisme même pas masqué qui font quelques fois grincer des dents, insupportable, un peu comme la critique de la noblesse d' Etat dans Belle du Seigneur, ou de la description de l'arrivée des américains dans Rome chez Malaparte.
Je vous rassure tout de suite, quelques chapitres ressemblent à ceux tirer de roman plus conventionnel.
Le précédent roman de l'auteur, la Main de Dante a été un événement littéraire mondial et je sens que je ne vais pas m'en priver, merci Ys pour cette belle ( mais complexe ) découverte.
A lire si vous êtes intéressé par les questions religieuses et les casse-têtes.
Quelques mots : Comment se fait-il que seuls les disciples de Yéchoua en soient venus à être connues sous le nom de "chrétiens", épithéte créée à la Renaissance pour désigner ceux qui croyaient en " l'Oint" ? Notre liberté est tellement fragile : si on disait des cochonneries à son sujet, ou si on se contentait d'en penser, ça pourrait lui être fatal.
J'ai eu beau essayer de l'éviter, de faire des ronds tout autour, il a bien fallu que je choisisse un livre, qu'écris-je, un annuaire, un petit Robert, bref faire mon choix dans la catégorie pavé d'Ys. Arf j'ai donc demandé à ma bibliothécaire Bienaimée, qui s'est écriée " oh mais il faut lire Belle du ...". Me voilà donc avec le volumeux volume sous le bras, sur les genoux, sous le coude, sur le canapé, dans le lit. Et ça dur longtemps du Albert Cohen. Il n'est pas du genre à s'envoyer en l'air en deux coups de cuillères à pot, non que nenni, c'est que non content de faire 853 pages chez Gallimard, c'est que les voilà touffues, poilues la belle, elle fait son poids en encre de mots charmants. De fait j'ai pris du retard et je n'ai encore lu que le 3/4 du roman c'est à dire 600 pages sur les 853.
Je ne vais pas m'étendre sur le style qui est très esthétique ou de la chronologie des événements parfois déroutante, des changements de voix, des phrases sans points, je vais plutôt parler de mon calage à la page 300 environ, parce ouuuuuuhhhh je ne pouvais plus des gorilleries et des babouineries, que diantre j'avais besoin d'action, un peu d'air, j'ai donc lu un roman graphique dont je vous parlerais plus tard, peut être.
Mais une fois passé le cap houleux, quel délice ! avant la page 300, il n'est question pour ainsi dire que d' Adrien Deume et de ses proches, de la suffisance de leur vie de tous les jours, de la vie professionnelle d' Adrien, jusqu'à l'overdose, j'étais saturé par la médiocrité du personnage décrit et du cynisme ambiant. Pourtant, s'il s'agit des Deume, l'auteur est resté dans un narratif grinçant mais pas tellement offensif, il est con, interessé, Adrien, calculateur, arriviste, puant mais pas méchant. Seulement voilà c'est sa nature ma ptite dame, tellement un planificateur desséchant qu'il va même arranger son mariage avec une bourgeoise orpheline et déprimée, Ariane Auble pour se la péter. Enfin façon d'écrire, il ne pète pas grand chose, l' Adrien, en plus, c'est un mauvais coup, de fait la belle, elle lui préfère le beau Solal, 32 dents, Sous-Secrétaire à la Société des Nations et neveu de Mangeclous, personne haute en couleur. Alors pour revenir à l'offense, le fonctionnaire est, lui, ratatiné, assassiné le ministre, écrabouillé le sous-fifre, laminé le gratte-papier. Tout le monde en prend pour son grade, et il n'en manque pas des grades au sein de la fonction internationale. Croustillant de savoir que l'auteur en était.
Alors l'histoire avait été rapporté par ma bibliothécaire comme The Histoire d'Amour et j'ai d'ailleurs pu lire effectivement dans différents blogs qu'il s'agit de The Love Story par excellence. Donc je vais faire ma provocatrice car franchement je n'appelle pas ça une histoire d'amour. Ou Alors Amour Kleenex ? Car très rapidement ( 3 mois ! ) notre Casanova magnifique ( il ne collectionne pas mais il n'en est pas à son coup d'essai, et puis le texte est cru parfois , j'ai toujours trouvé Don Giovanni moins salace par exemple) se lasse de sa mignonnette et il semble bien, là où j'en suis, qu'il la conserve par pitié. Et elle avec sa puérilité, son asservissement volontaire et consenti sont tout simplement répugnants. Bref je sens bien que cette romance va finir dans le fond du canal car de toute façon les histoires d'amour finissent mal en général.
Non franchement ce qui m'a fait frissonner est bien la critique de tout un pan de la société la bourgeoisie la noblesse, les militaires haut-gradés, les hauts fonctionnaires , les domestiques, les bigots, tout ce petit monde et ses meurtres entre amis sourire aux lèvres mais couteaux tirés sous la table dans la période délicate de l’avènement du nazisme. Car Solal est israélite, j'ai omis de l'écrire. La tentacule hideuse de la haine séculaire va le happer mais encore en filigrane, enfin au 3/4 du roman il n'est déjà plus rien.
Quelques mots choisis :
Je n'ai pas l'impression qu'une seule femme ait été amoureuse du grand Christ, au temps où il vivait homme aux yeux tristes. Pas assez viril, miaulaient les demoiselles de Galilée. Elles devaient lui reprocher de tendre l'autre joue. Ces barbouillons vont tout me cochonner par terre. Enfin je ferai bien tiptop quand ils seront partis pour que tout soye bien implacable. [...] au fond ce truc de nous dire vous pour mieux sentir le tu de certains moments quelquefois quand il me regarde les deux pointes deviennent si dure que ça me gène parce que ça doit se voir à travers la robe [...]
Ah mes amis, si tous les cornus d' Europe portaient lampion, ô miséricorde, quelle illumination !
Après avoir proféré d'aimables vérités premières, ils avaient sorti leurs antennes, s'étaient tâtés socialement en s'informant réciproquement, sans qu'il y parût, de leurs professions et relations respectives.
Voici mon avant-avant dernière lecture pour le challenge d'Ys. Vous avez deviné : pour le 12/12/12, il va falloir que je lise deux bouquins si je veux être dans les temps. Je réussis si ma bibliothécaire a pu me ramener le titre que je souhaite lire dans la catégorie "biographie". Quant à l'autre catégorie, le pavé, j' ai déjà bien engagé un titre. ( mystère, mystère ). Et je crois que je l'ai bien choisi, suis fière !.
Donc ce soir c'est lecture on ne peut plus américaine par un jeune auteur ( forcément plus que moi ), donc un sauvageon de 35 ans qui a l'audace d'écrire merveilleusement bien pour un américain et surtout qui développent des particularités stylistiques en se servant du livre comme d'un objet à exploiter l'espace et agrémenter de photos contextuelles. L'effet est très réussi, on n'aime ou pas, et tout les cas il permet d'entrer dans l'intimité de l'esprit des gens comme si nous étions des espèces de télépathes qui s'insinueraient dans la tête des personnages tels des voyeurs de l'esprit.
J'avoue que l'exercice n'est pas précisément simple et qu'il a fallu que je m'accroche. je m'explique : Le récit est celui d'un petit ( parce qu'à 9 ans , on est grand ) garçon très précoce qui a perdu son père dans les événements du 11 septembre 2001 que nous connaissons tous. Oskar cherche la serrure qu'ouvre une clé qu'il a découvert dans un vase que son père a ramené quelques jours avant sa disparition. A cette clé est associée le mot Black, et Oskar va essayer de rencontrer tous les porteurs de ce nom, à New-York City, pour connaître les derniers moments vécus par son père. La solitude de ce petit gars et le sentiment de perte qu'il nous transmet et extrêmement violent à la limite du supportable du début à la fin. Puis il y a le récit de la grand-mère, la mère du père disparu, et c'est bien ce récit là sur lequel j'ai buté, le passage des lieux "rien" et ceux "quelque chose", vers la page 150, est si particulier de non-dits, si saisissant avec toutes ses règles absurdes, comme si il était question de s'excuser de vivre encore, car un autre drame qui se dévoile au fur et à mesure du texte a frappé cette famille. D'ailleurs c'est après ce passage que j'ai lu Blast, pour faire un break, en quelque sorte je ne changeais pas vraiment de thème.
Le ton est donc sur deux registres, celui de l'enfant et de sa mère dont la relation est entamée par le lourd fardeau de la culpabilité que provoque la perte de l'être aimé, par la colère et l'incompréhension et bien sûr tard tard dans l'histoire l'acceptation et la réconciliation et d'autre part l'histoire de la grand-mère et du grand-père ( muet ! ) qui eux-mêmes ont fait l'expérience des bombardements alliés sur Dresde.
Je ne suis pas exactement sûre que l'auteur ait voulu faire un parallèle absolu entre le pilonnage de l' Allemagne à la fin de la guerre et le terrorisme mais évidemment la violence reste la violence et desfois des morts ou des vivants , il arrive de se demander lesquels sont les plus présents. L'auteur a commis là un travail difficile et d'une rare sensibilité.
quelques mots :
je me suis dit, que si tout le monde pouvait voir c que j'ai vu, nous n'aurions plus jamais de guerre.
Il avait des cellules, et maintenant, elles sont sur les toits, et dans le fleuve, et dans les poumons de millions de gens à New-York, qui le respirent à chaque fois qu'ils parlent !
Un éclat de Lune qui nous lance des défis, allons bon...
Un défi qui dure un an, du 12/12/12 au 11/12/13. et puis j'aime beaucoup lire des nouvelles, le temps d'un soir. et puis le 12/12/12 je devrais avoir fini le challenge d' Ys. Alors...
Il y a trois catégories, de petits à moyens et gros lecteurs. les nouvelles sont souvent d'excellent supports pour découvrir des auteurs et la SF en regorge, Asimov, Andrevon, Bradbury, Willis, Brown et bien bien d'autres.
Cette lecture fait suite à celle du Combat Ordinaire. Les deux histoires n'ont rien à voir sauf qu'elles se déroulent ici et maintenant.
j'ai lu les deux premiers volets, "Grasse Carcasse" et "L'Apocalypse selon Saint Jacky" aux éditions Dargaud. Il en existe un troisième : La tête la première.
L'histoire : Polza, ou Souviens toi des préceptes de Lénine, après des années sans voir son père, le retrouve mourant sur un lit d'hôpital. Fuyant cette momie agonisante, Il se retrouve à boire et à manger des barres chocolatées quand il est victime d'une hallucination, le Blast. Il n'aura de cesse de rechercher cette sensation qu'il pense retrouver en quittant la modernité, comme un ascète en méditation. A la fin de ses pérégrinations, accusé du meurtre d'une femme, il se retrouve à raconter son histoire à deux inspecteurs.
Blast traite d'un thème très humain qui est celui de la reconstruction ( recon-destruction ? ) suite à la perte d'un ( ou des, ici ) proches et de la culpabilité. Enfin à mes yeux ce sont les thèmes principaux de l'histoire même si l'ensemble est enveloppé dans une couche de polar noir, très noir.
D'ailleurs tout le dessin est en noir et blanc, à l'encre de chine je présume.
A travers les propos du clochard qu'est devenu Polza, anciennement un écrivain gastronomique, alcoolique et obèse, fils d'un chauffeur routier Italien, il est possible de retrouver l'esprit du Combat Ordinaire, ce regard sur l'humanité si acerbe, appuyé, réfléchi mais sans malveillance. Car les personnages principaux de Larcenet s'auto-mutilent, souffrent d'angoisses abominables mais l'horreur ultime est distribuée aux personnages secondaires.
Mon avis : Heureusement qu'il s'agit d'un roman graphique et pas d'un texte. Je crois que ce serait imbouffable de noirceur. La qualité essentielle, outre le scénario consistant, est cette capacité qu'a eu le dessinateur à faire passer de l'émotion à travers le regard, les attitudes de ses personnages dont les traits sans être particulièrement réalistes sont d'une rare expression. De grandes planches sans texte ponctuent le roman, le dessin suffit à lui même. La fin est surprenante car une donnée vient s'introduire en cours d'histoire et je me suis dit " Ouf", tout n'est pas tout noir quand même.
Aussi j'aimerais savoir pourquoi Larcenet dessine de tels pifs à ces personnages. Celui du père est particulièrement troublant, représenté comme un bec de Héron d'après Polza, j'y voyais plutôt la lame de la Faux.
quelques bulles :
Comment ne pas se haïr quand vers huit ans on réalise qu'on partage la condition des ustensiles de cuisine ?
La vérité est plus facile à dire qu'à entendre.
Et comme il ya une belle référence aux Red Hot, je ne vais pas me priver !