dimanche 5 mai 2013

L'erreur d' Alexei Alexeiev - Poleischuk

Alors voici un bouquin que je devais lire dans le cadre du challenge de la SFFF venues de l' Est mais que je n'ai pas réussi à caser dans les temps impartis à savoir avant le 15 avril.

Alors contrairement "aux revenants des étoiles" qui est parfois fastidieux à lire à cause d'une cohésion pas tout le temps évidente  à percevoir, et bien que du même traducteur, "l' erreur" est lui un roman très homogène. heureusement, car il s'agit d'un roman de laboratoire qui pourrait vite devenir fort barbant si la compréhension liée au verbe avait été rendue complexe par une traduction fastidieuse. En plus avec seulement 195 pages et un rythme de découvertes soutenu, impossible pour le lecteur de s'ennuyer. ( Ceci écrit cette subjectivité est peut être lié au fait que je suis un ancien rat de laboratoire.)

Il y a tout de même une culture du savant qu'il est mis en lumière chez les Strougatski : les chercheurs se tiennent par la main, s'entraident ce qui est un poil bisounours tout de même. Un peu de tension palpable entre les protagonistes mais pas trop.

L'histoire en trois mots ( ou presque ) : avant de pouvoir publier ses résultats, le laboratoire d'un chercheur ( Alexei Alexeiev )et son équipe se trouve figé dans une matière vitrifiée, comme le moustique de Jurassique Parc dans l'ambre. Un ensemble de chercheur russe se réunit pour découvrir les causes de cet extraordinaire phénomène. Pour seul indice, ce qui semble être un mirage apparaît à heure régulière à trois points géographiques du globe. Où comment l'homme va réussir ce qui est actuellement considéré de l'ordre du miraculeux divin. D'ailleurs la divergence des propos d'un scientifique américain au cours d'une interview et le rationalisme russe est tout simplement croustillante.

Pour en savoir plus.


L'erreur d' Alexei Alexeiev
A Poleichuk
195 pages
le Rayon Fantastique
Hachette
1963
Traducteur Pierre Mazel

lundi 22 avril 2013

Permafrost - Stéphane Beauverger

A travers le Challenge de Lune, j'ai pu choisir une nouvelle chez ActuSF. J'ai donc sélectionné Permafrost de Stéphane Beauverger, auteur dont je souhaitais lire la prose depuis que je l'avais croisé à Semoy. Cette nouvelle est donc tombée à point nommé car je suis en pleine crise qui vaut l'incipit de ce blog.
Là où l'affaire se complique, c'est que j'ai clairement envie de lire d'autres livres de ce personnage maintenant, et maintenant ce n'est pas le moment !

Un petit mot sur la nouvelle, brève, efficace, tribale et rude, parfaite quand la fantasy moyen-ageuse vous sort par les trous de nez, un peu dans le goût de Alan Spade qui publie maintenant sous son patronyme.

Autrement la nouvelle se trouve dans ce recueil.


dimanche 14 avril 2013

Un Gars de l'Enfer - Arcadi et Boris Strougatski

Alors en choisissant les bouquins pour le challenge SFFF venue de l' Est, je ne m'étais pas aperçu que j'avais pris deux titres de mêmes auteurs très connus. J'avais surtout basé ma recherche les élément suivants,
- primo, je ne voulais pas de titre récent mais d'auteurs qui avaient connu la Guerre Froide,
 - deuxio je souhaitais éliminer les titres qui ont été exploités pour des scénarios  de jeux vidéos. Vilaine que je suis, j'ai refilé ceux-là à mon partenaire qui n'était absolument pas ravi donc vous n'aurez pas de résumé pour cause d'abandon.
- Tertio j'aurais voulu éviter les auteurs ( très )  célèbres dans cette catégorie mais alors c'est difficile d'y échapper,
- quatro je ne voulais pas de pavé, pas plus de 250 pages -300 pages.

Donc voilà un deuxième " Strougatski". Par contre, je ne regrette pas du tout mon choix de cochon pendu, car ce titre est vraiment excellent. Il est en plus très très différent du précédent, c'est vraiment incroyable , ces deux titres n'ont pas grand chose en commun. Le scénario met en valeur une mise en réseau des deux histoires mais sur le plan temporel, le récit semble se dérouler dans un futur lointain par rapport aux "Revenants" puisque les routes automouvantes sont HS, quand le lecteur averti sait ce qui les meût, il n'y a rien de bien rassurant et tout plein de petits indices amènent à penser que nous avons affaire là à un post-apo.

Le style même n'est pas comparable : le précédent était très optimiste, avec de nombreux personnages secondaires interéagissant entre eux et beaucoup de dialogue, à l'inverse celui-là est très introspectif et ne fait intervenir que peu de personnages, la paranoïa est omniprésente. Seul le thème du déracinement constitue une trame commune. Je pourrais le résumer ainsi : le paradis des uns est l'enfer des autres. Imaginez un soldat, un tueur d'élite en fait, qui est sauvé par d'autres hommes ayant un mode de vie totalement différent. Au lieu d'apprécier, le soldat, un "chat-guerrier", va faire tout ce qui lui est possible pour retourner à sa guerre même quand il lui est expliqué que son camp a perdu. Il s'agit là  d'un roman psychologique rondement mené avec un suspens bien tendu, je m'attendais au pire mais pas vraiment à cette fin-là qui reste ouverte.




Un Gars de l'Enfer publié chez Denoêl dans la collection Présence du Futur 190 pages.

vendredi 12 avril 2013

Les Revenants des Etoiles - A et B Strugatzki



Matez moi un peu ces belles collections. Certains de ces bouquins n'ont pas encore d' ISBN. Le premier que je vais vous présenter a été édité en 1963 par Hachette Librairie dans la collection " le rayon fantastique" et imprimé, scusez du peu, en Pologne. Incroyable non ?


 Il fleure bon la vieille bibliothèque et semble avoir été taillé au massicot. C'est mon précieux depuis son arrivée.

Une belle journée, une fusée le Taymir atterrit en catastrophe sur Terre. Atterrir le mot est dit, car ça fait bien longtemps que les D-fusées ne se posent plus mais restent en orbite. De cet atterrissage forcé sortent Serge Ivanovitch Kondratiev, bien amoché et qui commencera son séjour dans sa nouvelle vie à l'hôpital, et Gérard Slavin, tous deux partis en 2017, revenus en 2169.

Gérard peu à peu s'intégrait à ses descendants, pendant que Serge Ivanovitch Kondratiev, sur son lit d' hôpital écrirait un bon livre puisque Gérard en serait l'auteur.

Tout le roman repose sur la capacité d'adaptation des deux protagonistes à leur nouvel environnement. Ce n'est pas les nouveautés qui manquent comme les routes auto-mouvantes reliant les continents les uns aux autres, l'exploitation de Vénus, les transferts de l'esprit d'un savant agonisant dans une machine etc...Mais l'auteur ne se contente pas d'énumérer les promesses technologiques et les jours d'une économie meilleurs, il met en valeur à travers des dialogues enjoués toute la dimension humaine aussi bien affective qu'intellectuelle du déracinement. Ils rencontreront de tout : des femmes troublantes, des hommes humiliants - une administration euh comment dire.. administrative ! -  et heureusement des gens sympathiques car ce roman est extrêmement optimiste. De cet optimisme qui laissait espérer que le progrès serait la solution ultime pour atteindre le bonheur pour tous. C'est très symptomatique : les interlocuteurs sont tous des ingénieurs ou issus de professions techniques, ils sont la plupart joviale et confiant en l'avenir même lorsqu'il s'agit de découvrir une nouvelle forme d'intelligence, et enfin, qui mènera à une remise en question ne provenant pas que de nos revenants.

 Mais, Fossile cachexique que vous êtes, c'est tout simplement l'apothéose de la liberté, la libération de l'homme autrefois asservi aux pires besognes, et c'est aussi le triomphe de l'économie rationnelle.

C'est donc un roman court ( 226 pages ) mais extrêmement riche, plein d'humour, d'auto-dérision envers le monde de la recherche derrière parfois des aspects pointus Hard SF qui peuvent dérouter - sans le décourager- le lecteur assaisonné d'une connotation absurde qui m'a fait plus d'une fois penser à l' Ecume de jours de Boris Vian.
Plus, cerise sur la gâteau, une petite surprise  à la fin.

Vous êtes donc tout-puissants !





dimanche 31 mars 2013

Le Continent Déchiqueté - Laurent Genefort

212 pages chez Fleuve Noir, 1997.

Aux premières pages de ce bouquin, j'ai tremblé : ayez du Planet Opera super Hard SF.  Et bien non pas du tout. Un bon livre dans le style avec un bon scénario bien ficelé et des psychologies de personnages bien travaillées. De la technologie d'une part, de l'organique de l'autre, un pont entre les deux. Deux Robinsons que tout sépare, l'un planétaire et dogmatique, l'autre aérien et augmenté vont devoir survivre avec l'aide de créature bionique sapiente sur une planète saccagée. Les genres s'opposent à plusieurs niveaux : des humains primitivistes aux demi-dieux modeleurs de monde que sont les Yuweh, plusieurs facettes de la diversité culturelle des hommes et de leurs capacités d'adaptation sont exploitées par l'auteur mais aussi en filigrane le thème ô combien philosophique de l'existence de la conscience chez des êtres artificiels, sur arrière-plan de complot à la dimension de l'univers.
Et en prime l'écriture est très fluide.



Voilà qui clôt ma participation à livra'deux pour pal'addict, une agréable façon de se tenir à la réduction de sa pal.

dimanche 17 mars 2013

Le Silence du Bourreau - François Bizot

Pour cette chronique je vais vous présenter un texte mi-témoignage mi-essai mais qui ne fait pas de demi-mesure dans l'introspection. L'essai constitue la première partie du livre, et la deuxième retranscrit une partie du procès de Douch, le chef militaire des Khmers Rouges dont les leaders ont fait éradiqué 20 % de la population cambodgienne sous le régime de Polpot. Le Portail, écrit en 2000- relate déjà pour l'essentiel l'enlèvement et l'incarcération de François Bizot  en 1971. Alors pourquoi ce deuxième livre serait-on tenté de demander : Quelques années  après l'écriture du Portail, Douch, le bourreau de Tuol Sleng est retrouvé, incarcéré et jugé.

j'ai repris contact avec Douch dès son arrestation.

Ce nouveau texte présente très précisément la relation de transfert qui s'est produite entre l'auteur et son bourreau et soulève la question fatidique : qu'est ce qui peut faire qu'un homme puisse commettre le pire ? En effet grâce à ce qui semble être une question de rivalité dans une hiérarchie triangulaire, et bien que tout semble le désigner comme un traître à la cause Khmer, Bizot sera libéré et pourra fuir en Thaïlande car  Douch va s'opposer à ce qu'il soit exécuté. Les cambodgiens qui assistaient F. Bizot dans ses travaux ont eux été mis à mort. Néanmoins, comme le découvrira Bizot, en 1988,  lors d'une visite d'un camp d'incarcération à Phnom Penh devenu musée,  Douch participera aux meurtres de plusieurs dizaines de milliers de cambodgiens.

La biographie de Douch ne pourrait plus être que celle "du bourreau de Tuol Sleng " alors qu'il m'avait fait voir à moi autre chose de lui-même.


Je craignais qu'il s'agisse d'un texte difficile à lire du fait de certaines caractéristiques descriptives de ce genre de récit et que je redoutais donc certains contenus épouvantables  - qui sont néanmoins sous-jacents, en ellipse - propres aux récits de guerre civile mais l'auteur épargne son lecteur grandement.  Son propos n'est pas de l'effrayer mais à l'amener à une réflexion sur cette part de l'autre  qui nous meut.

Durant le temps de leur apprentissage et avant d'entrer dans l’age mûr, les garçons formaient la catégorie de  ceux qui n'ont pas encore peur. Comme tels, ils devaient s'exercer par la méditation à vaincre l'ennemi censé gésir au fond d'eux sous la forme d'un démon, dans la perspective de leur maturité et d'une sagesse à atteindre.
 

Il y réussit merveilleusement  à travers un style explicatif littéraire d'une  qualité indéniable et à l'association d'éléments biographiques de son enfance, des analogies pertinentes qui révèlent une sensibilité profonde et une connaissance aiguë de la nature humaine.

Je ressortis foudroyé d'une expérience qui m'avait fait tomber sur l'effroyable secret, celui que ma mère, comme tout le monde, avais pris l'habitude de garder : ce qui distinguait l'homme des autres, c'était son aptitude naturelle à faire fi de ses émotions.

un appendice et une chronologie tombent à point nommé en fin de livre.

je tiens à remercier Livraddict et Folio pour le partage de cette découverte.



janvier 2013, 279 pages


dimanche 3 mars 2013

Le dieu était dans la lune - Hervé Thiellement

En ce moment je lis de la science-fiction délirante, ce n'est pas genre  Hard SF même si il  est question par moment de vitesse supra-luminique  et de trous de ver mais plutôt,ici, une éloge à la victoire de l'organique sur le minéral.

Gont, le personnage principal du début pour la mise bouche, est un commerçant sur lequel je n'ai pu m'empêcher de mettre la tête de Harrison Ford et de me remémorer la scène de la taverne dans un certain astroport avec des créatures de l'étrange de la très célèbre séquence de la Guerre des Etoiles - génuflexion et flagellation -  de la cantina band, enfin donc une très grande diversité d'organismes de formes variées se déballent dans ce roman duquel se dégagent une fraternité palpable ou tentaculable voire plus si affinité. Et si ça ne suffisait pas, il en existe même qui change de forme, une charmante changeling, comme Mala dans Captain Flam ( ouaip mais en mieux plus kaleidoscopé ). De nombreuses curiosités se nichent donc ainsi que des références mêmes pas voilées au détour des phrases.



De quoi est-il question : d'une enquête dans un space-planet opéra dans lequel un esprit organique " Gaude" ( God ? ), cerveau vivant sur une lune ammoniacale va décider d'asseoir sa domination sur des êtres humains en mal de divinité tyrannique et qui va voir d'un très mauvais troisième œil le fait que notre Gont et ses amis puissent se déplacer aussi vite que les anibulles, organismes prophétiques phénoménaux permettant à des vaisseaux spatiaux adoptés par les gigantesques créatures de se déplacer dans l'univers au sein d'une poche ventrale ( des espèces de Navigateurs à la Frank Herbert, mais en vachement plus sympa ).

J'ai beaucoup ri à la description de la psychologie de l'enfant-roi  Gaude qui mériterait une bonne fessée ce qui d'ailleurs lui arrive d'une certaine façon quoique Gont et sa tribu préfèrent lui confisquer son joujou :  elle se contre-fiche de la vie d'autrui, tout en aspirant à la reconnaissance universelle de son ego. ou encore à la description  de la caricaturale religion mortifère, au moins le ton est donné, c'est une théocratie même pas parlementaire avec une hiérarchie aussi fanatisée que puissante. Ils ne comprendront que la contrainte par la force.
Mais j'ai grincé des dents en voyant que mes chouchoutes sont encore des simulacres de méchants, non mais oh, les araignées sont nos amies, peace, ce n'est pas parce que elles ont huit pattes qu'elles sont haineuses et haïssables.



Enfin un roman bon enfant pas qu'un peu estudiantin - une connaissance Nathalie Cidouce ? - par l'ambiance, avec plein de petits gadgets sympathiques et toujours bien vivants.





188 pages chez Rivière Blanche. Roman court, non ? bon aller hop challenge JLNN de Lune